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Interrogé par le président de la cour, Bernard Wesphael répond qu'il a crié au moins trois fois arrête Véronique quand elle venait vers lui d'une façon agressive. Selon lui, Véronique Pirotton serait tombée trois fois lourdement sur le sol, dont une fois face avant. Elle me disait 'j'ai le nez cassé', je lui ai dit que non, à distance. Elle était en pleurs, elle criait très fort mais c'était la même chose quand nous étions à la maison. Je restais à distance pour me protéger, en attendant le retour du calme.L'accusé dit que sa femme était toujours habillée à ce moment-là, je n'ai pas prêté attention quand elle s'est déshabillée, peut-être dans la salle de bains. L'accusé confirme que son épouse criait comme un loup comme elle le faisait à la maison. Il a aussi mimé le contact physique qu'il avait eu avec son épouse quand il a voulu la coucher sur le lit.Interrogé sur la présence de fibres de son oreiller retrouvés sur le visage de la victime, l'accusé rappelle que lui et son épouse ont fait l'amour deux fois le matin, mais il refuse de détailler les positions sexuelles adoptées, et puis nous sommes restés dans un positionnement amoureux durant l'après-midi, elle a donc été en contact avec mon oreiller. Selon un expert, ces fibres auraient dû disparaître quand Véronique est sortie en ville.

Enfin, la témoin raconte que l'homme qui accompagnait Véronique Pirotton dans la salle du déjeuner avait une chaîne en or et une chevalière à un doigt. Bernard Wesphael prétend qu'il ne portait pas de bijoux. La cour d'assises du Hainaut a auditionné, mercredi matin, le réceptionniste de l'hôtel Mondo et son ami, lesquels ont été les premiers à se rendre dans la chambre 602 après l'alerte lancée par Bernard Wesphael, le 31 octobre 2013, peu avant 23h. La petite-amie du réceptionniste et une autre employée de la réception de l'hôtel ont aussi été entendues.Le réceptionniste de l'hôtel et son ami ont expliqué avoir remarqué une petite blessure qui saignait au poignet de Bernard Wesphael, lorsque celui-ci est venu les prévenir que sa femme s'était suicidée et qu'ils sont montés avec lui. Le réceptionniste explique avoir appelé la police, puis son manager, et être monté au sixième étage par l'ascenseur. Son ami et lui ont remarqué cette blessure quand Bernard Wesphael a appuyé sur le bouton de l'ascenseur.

Mesdames et messieurs les jurés, lorsque vous vous retirerez pour délibérer, il vous faudra opérer un tri dans la masse d'informations reçue. Je vous demande de ne pas oublier ce témoignage, qui indique bien que la blessure de M. Wesphael saignait à 23h00, alors que, dans sa version, si Véronique Pirotton l'a griffé, ce serait autour de 21h00, a déclaré dans un commentaire Me Moureau, avocat des parties civiles.Bernard Wesphael a alors pris la parole. Il n'est pas impossible que j'aie rouvert quelque peu la plaie lorsque j'ai fait un massage cardiaque de quelques minutes à mon épouse, avec ma montre au poignet, a-t-il déclaré. L'accusé a rappelé que les policiers avaient fait tout de suite des photos de ses mains. Vous verrez sur les photos que ce n'est pas si évident que ce que je viens d'entendre. Avant cela, le réceptionniste de l'hôtel et son ami avaient affirmé que Véronique Pirotton ne semblait pas contente d'avoir reçu un appel d'Oswald dans sa chambre, le 31 vers 15h. Une dispute avait aussi éclaté au bar, le soir du drame. Le réceptionniste de l'hôtel se souvient très bien de cette nuit d'Halloween de l'année 2013. Dans le courant de la soirée, M. Wesphael et son épouse se sont rendus au bar, elle a bu deux Amaretto et lui un Cognac avec un café. Après cela, ils sont remontés dans leur chambre, raconte l'homme qui devait terminer son service à 23h.

Il a servi les boissons au couple et il n'a rien remarqué de particulier. Quand ils sont remontés dans l'ascenseur, madame semblait ivre, elle a heurté le bar, une armoire et le présentoir avec les publicités.Vers 22h55, Bernard Wesphael est arrivé à la réception, après avoir descendu les escaliers car l'ascenseur était occupé. Très calmement, il a indiqué que son épouse s'était suicidée ou qu'elle avait fait une overdose. Je pensais à une blague déplacée pour Halloween. Selon ce témoin, l'accusé était extrêmement calme et peu essoufflé pour un homme qui venait de descendre six étages par les escaliers. Je pense qu'il a dit qu'on devait l'aider car sa femme s'était suicidée, peut-être avec un sac en plastique, a commenté son ami, qui se trouvait à la réception.Le réceptionniste est entré le premier dans la salle de bain car la porte d'entrée n'était pas fermée. J'ai vérifié s'il y avait un pouls, mon ami m'a donné son GSM pour vérifier si la victime respirait encore. Quand j'ai dit à mon ami qu'elle était décédée, M.Wesphael a commencé à crier 'Véronique, Véronique', et puis a commencé à la réanimer, de mon point de vue de façon dramatique.

Le témoin se souvient qu'un bras de la victime se trouvait sous son corps et l'autre vers le haut. Le corps était entièrement dans la salle de bain mais les jambes étaient orientées vers l'extérieur. La tête de la victime était près du bain et je pense que le visage de madame était orienté vers le lavabo.Le réceptionniste se souvient que Véronique Pirotton était venue le voir, la veille, afin de lui indiquer qu'il devait répondre qu'elle était seule, au moindre coup de fil. Il n'a pas demandé la raison mais elle était seule à ce moment-là. S'il a indiqué son mari dans un mail interne envoyé au personnel, c'est qu'il a pensé à une forme d'adultère. Véronique Pirotton n'aurait pas employé le terme mari dans sa demande.Vers 15h, sa collègue a reçu un appel, c'était un homme qui demandait Véronique Pirotton. Mon collègue m'a montré le mail mais j'étais déjà en train de transférer l'appel. M. Wesphael a répondu et demandé qui c'était, j'ai dit que c'était un homme et il a répondu sèchement, je suis son époux.

Véronique Pirotton a ensuite pris la communication et elle a demandé de transférer l'appel. L'employée n'a pas entendu de cris derrière mais l'accusé prétend qu'il n'était pas heureux d'avoir entendu c'est ton grand méchant loup.Apparemment, Véronique Pirotton est passée à la réception et elle ne semblait pas contente du transfert de l'appel. Son collègue confirme.L'amie du réceptionniste était assise près de la table occupée par Bernard et Véronique dans le bar, le soir des faits, ils se disputaient et ne criaient pas, elle était très agitée, de plus en plus saoul et lui tentait de la calmer.Bernard Wesphael est alors sorti pour fumer et il semblait très fâché dehors, il me faisait peur, il était très fâché et assez sec dans ses mouvements. Quand il est rentré, il a commandé un verre pour elle mais pas pour lui. Selon le réceptionniste, il semblait calme.

Au bar, mon épouse a eu plusieurs récriminations fortes à l'égard de son harceleur mais pas envers moi, raconte l'accusé. Au sujet de son calme, l'accusé explique qu'il était complètement inhibé. Il a ensuite éclaté en sanglots dans la chambre car il a été submergé par l'émotion, deux caractéristiques de ma personnalité, dit-il. Véronique Pirotton était une personne perspicace, qui réfléchissait vite, qui pouvait devenir plus fragile lorsqu'elle était contrariée, a déclaré mercredi matin devant la cour d'assises un neurologue qui travaillait dans la même intercommunale qu'elle. Un autre témoin, écrivain et ancien professeur à l'ULB, a quant à lui décrit une femme pleine d'humour, qui se donnait plus d'avenir que de passé. La victime pouvait essayer de mener plusieurs combats sur plusieurs fronts, elle était déterminée, d'après le médecin. Le neurologue et l'ancienne journaliste s'étaient rapprochés notamment lors des ennuis de santé de la mère de Véronique Pirotton.Une fois ses batteries rechargées, elle s'employait assez rapidement à les vider en s'imposant une certaine charge de travail et des charges familiales. La victime avait aussi partagé ses angoisses avec le témoin, comme le fait que Victor ait échappé de peu à la fusillade place Saint-Lambert.

D'après l'enquête de téléphonie, le médecin avait envoyé un SMS à la victime lors de son séjour à la mer, en demandant des nouvelles d'elle et du petit lion, faisant allusion à son fils. Elle aimait les images et les jeux d'esprit. Son fils a une fois connu un échec scolaire, et elle s'attelait avec énergie à vouloir régler ce problème. C'est de là que vient l'image. Je lui avais dit que son fils était un ado, et que c'était comme un petit lion en laisse. Il ne faut pas le tenir trop près pour ne pas qu'il vous griffe, ni trop loin pour ne pas qu'il vous échappe.Le témoin se rappelle que Véronique Pirotton lui avait fait part de ses désillusions en septembre 2012, un mois après son mariage avec Bernard Wesphael, qu'elle avait décrit comme un parlementaire. Elle lui avait confié que son époux n'était pas aussi riche qu'elle le pensait, et avait évoqué des ennuis financiers ainsi que son envie de déménager.Il était aussi au courant des hospitalisations de sa collègue, qui craignait que ses soucis de santé ne lui portent préjudice au travail. Il ajoute n'avoir jamais perçu de traits de violence en elle. Il ne la considère pas non plus comme une personnalité dépressive.

L'avocat général a demandé au témoin, Sénégalais d'origine, s'il avait été l'amant de la victime, car Bernard Wesphael avait évoqué une liaison entre son épouse et un médecin étranger. Non, a-t-il répondu.Le témoignage suivant a provoqué une vive émotion chez les proches de Véronique Pirotton présents à l'audience. Le professeur d'université a rencontré la victime en 1995, alors que celle-ci l'avait pris comme sujet pour son mémoire en journalisme, pour lequel elle avait obtenu 100 sur 100. J'étais étonné de ne l'avoir jamais rencontrée, mais elle était timide. Tous deux sont restés liés et se téléphonaient régulièrement. Il a d'ailleurs cité le numéro de GSM de la victime. C'est un numéro que je n'oublierai jamais.Il y avait chez Véronique une absence totale d'arrogance. Elle était consciente de son intelligence, mais n'en faisait jamais état de manière ostentatoire. Je ne l'ai jamais vue traiter quelqu'un avec mépris. Il a tenu à insister sur son humour. Je vois que c'est un trait de sa personnalité qu'on a tendance à négliger. Son humour était parfois teinté de mélancolie, mais elle n'était pas mélancolique pour autant. Quand j'entends qu'on dit d'elle qu'elle est maniaco-dépressive et d'autres choses, je suis effrayé. J'ai l'impression que nous n'avons pas rencontré la même personne.

Si elle nommait peu les gens et évoquait plutôt des situations, elle avait, par des figures de style, confié au professeur son désenchantement par rapport à son mariage, avec notamment un manque, une absence de dialogue intellectuel.Pour lui, Véronique Pirotton n'était pas suicidaire. Elle avait une revanche à prendre. Les premières lignes de son livre sont pleines de promesses. On ne se suicide pas le lendemain, alors que l'encre n'est pas encore sèche. Elle avait aussi la folle idée de me consacrer une biographie et surtout l'extraordinaire ambition de rendre son fils heureux. Elle aspirait au bonheur, en toute candeur.Après son décès, une chape de plomb s'est d'abord abattue sur elle. Dès que le verrou du silence a sauté, on est passé à la malveillance, avec des qualificatifs désobligeants qui tendaient à la discréditer, regrette-t-il. Je souhaite que son fils émerge victorieusement de l'océan de boue sous lequel, quelques fois, on a tenté de l'engloutir. Un jour, si ce n'est pas déjà le cas, il pourra être fier d'une femme brillante et généreuse.

Une conversation téléphonique entre Véronique Pirotton et son amant Oswald D. datant du 30 octobre 2013, la veille de la mort de la victime, a été diffusée à l'audience lundi. Bernard Wesphael, qui avait dans un premier temps refusé de l'entendre, s'est dit profondément bouleversé. Ce discours est complétement surréaliste, a-t-il ajouté. C'est une souffrance épouvantable d'entendre ça, parce qu'à moi, elle me disait le contraire. Elle refaisait des projets avec moi, avec la perspective qu'on puisse prendre de la distance pour mieux gérer notre situation de couple, a déclaré l'accusé qui découvrait l'enregistrement effectué par Oswald D.Ma femme avait deux discours complétement différents en fonction de son interlocuteur. Ca, je l'ignorais complétement. C'est la police d'Ostende qui m'a fait comprendre que c'était la réalité. Si j'avais su, j'aurais réagi autrement, j'ai un minimum d'orgueil. Il a également fait part, la voix tremblante, de la douleur qu'il éprouvait à entendre la voix de sa femme.

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